Raymond Chevrier

Né à Decize, dans le département de la Nièvre, le 13 août 1909, Raymond Chevrier fait ses études au collège d’Avallon, au collège Stanislas et à l’université de Paris. Il obtient une licence ès lettres et une licence en droit et les diplômes d’études supérieures de droit et de l’école des Hautes Etudes Commerciales.
Il débute sa carrière dans l’administration comme chef adjoint du cabinet du préfet de Moselle en 1936. Il est successivement chef de cabinet du préfet de l’Yonne en 1940,  sous-préfet de Sainte-Menehould en janvier 1942, secrétaire général du Calvados en avril 1942, directeur de cabinet du préfet de Seine et Oise en juin 1942, puis sous-préfet de Compiègne en février 1944. Après la libération de Paris par les troupes alliées, il est mis à la disposition du ministre de l’Intérieur le 30 août 1944, puis devient sous-chef de bureau au ministère d’août 1945 à mars 1946.  Il en profite pour rédiger quelques ouvrages à caractère historique. En mars 1946, il est sous-préfet de Saint-Dié puis, en juin 1948, secrétaire général du Bas-Rhin. En 1954, promu préfet, il est à la disposition du ministre des affaires marocaines et tunisiennes, Christian Fouchet, qui l’envoie comme directeur des services de sécurité publique au Maroc.
De 1956 à 1958, il est préfet d’Orléansville en Algérie. Le 17 mai 1958, une foule tente d’envahir la préfecture aux cris de « L’armée au pouvoir ! », « Vive Massu ». Raymond Chevrier s’oppose au mouvement et, le 18 mai écrit au général Gracieux, commandant la 9e D.I. et la Zone Ouest Algérois qu’il le rend responsable des événements de la veille et qu’il se refuse à lui passer ses pouvoirs et ne cède qu’à la force. Entre temps, il est en relation téléphonique avec le préfet de Tizi-Ouzou et le ministre de l’intérieur du gouvernement Pflimlin, Jules Moch, qu’il assure de son parfait républicanisme. Convoqué par le général Salan à Alger le 18 mai, il est arrêté et mis au secret à Aïn Taya. Il reste assigné à résidence jusqu’au début de juin 1958 puis est dirigé sur la métropole.

18 mai 1958 - Retransmission de l'échange téléphonique entre le préfet Chevrier et le ministre de l'intérieur Jules Moch (cliquez sur l'image pour accéder à la retranscription )


Préfet de l’Allier en 1959, il est placé en position hors cadre en 1963 et en congé spécial en 1964 ; il est à la retraite en 1969. De 1966 à sa mort, en 1976, il est administrateur ou directeur de diverses sociétés financières, immobilières ou d’économie mixte.

Croix de guerre 1939-45, officier de la Légion d’honneur, Raymond Chevrier est l’auteur de plusieurs ouvrages :
- Bougainville : Voyage en Océanie (voyage autour du monde sur la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L’Etoile en 1766, 1767, 1768, 1769), Préface et notes de Raymond Chevrier, 1946
- Jules Michelet : Tableau de la France, Préface et éclaircissements de Raymond Chevrier, 1947
- L’Amérique du Sud (en collaboration avec Waleffe Pierre), 1947
- Terres et Visages de France
- Le secret de Mayerling, 1968
- Histoire de Sissi, 1968
- Allemagne, 30 ans d’histoire, 1920-1950
- L’empereur fusillé

Convoqué par le général Salan auquel ont été confiés par le gouvernement Pflimlin les pouvoirs civils et militaires pour le maintien de l’ordre en Algérie, Raymond Chevrier se rend à Alger le 18 mai 1958. Avant d’avoir été reçu par le général Salan, il est arrêté, conduit au P.C. du secteur d’Alger Sahel et mis au secret. Il est assigné à résidence à Aïn Taya, sur la côte algéroise, à une vingtaine de kilomètres d’Alger. Le 3 juin, Raymond Chevrier, toujours assigné à résidence, écrit au général Salan une lettre de quatre pages dans laquelle il justifie ses prises de position et demande au général Salan de lui permettre de rejoindre la métropole.

Dans le rapport du 9 juin 1958 au général de Gaulle, président du Conseil, le général Salan justifie la mesure prise à l’égard de Raymond Chevrier en ces termes : « Attitude rigide et maladroite ne reconnaissant pas la délégation de pouvoirs donnée au général Salan. Attitude maladroite vis à vis des Comités de Salut Public, refusant tout contact et ordonnant aux sous-préfets de ne pas les recevoir », avec comme commentaire : « A été dirigé sur la métropole, remis à la disposition du ministre de l’Intérieur. A été remplacé provisoirement par le général Gracieux qui a délégué à M. Rouaze, secrétaire général de la Préfecture, les pouvoirs nécessaires à l’administration du département. »